Un couple… et vous ? Article de ma collègue Virginie Vaccari

Je suis très heureuse de vous partager le premier article de Virginie Vaccari, ma collègue thérapeute au sein de L’Espace des Liens. Elle vous invite à danser, dans un bal à deux, et vous ouvre les portes vers une réflexion autour de l’accompagnement des couples.
Je vous souhaite une très belle lecture,
 

Un couple… et vous ?

Un couple … Mots clefs : construction du monde, programme officiel, mentalisation, stress

« Pour la première fois, nous ne sommes plus sur la même longueur d’onde… »

Couple de trentenaires, Sophie et Louis sont amoureux depuis plusieurs mois. Ils ont choisi de partager ce temps de confinement ensemble, pour la première fois réunis sur un période aussi longue. Le quotidien s’organise avec aisance. Puis un matin de cette semaine, Sophie ne va pas bien. Pour la première fois, la veille au soir, elle ne s’est pas sentie comprise. Impossible de s’approcher de son conjoint, qui lui s’est refermé. Impossible pour eux de se reconnecter. Sophie me demande si je suis d’accord pour que nous invitions son ami lors de notre échange, ce que j’accepte.

Entretien ensemble…

Elle décrit la sensation d’être seule et incomprise, a peur que son ami cesse de l’aimer. Difficile pour elle de se réguler, de s’apaiser. Son corps parle : elle a le ventre serré, elle a l’impression d’étouffer, elle ne réussit pas à se poser, sa tête va exploser.

Lui, est tendu, triste, ne comprend, se sent rejeté de ne pas pouvoir se rapprocher physiquement d’elle.

Comment les aider à s’apaiser ? Que se passe-t-il pour Sophie ? Que se passe-t-il pour Louis ? Comment les soutenir ?

Nous tentons d’abord de construire ensemble une narrative de cet épisode : quand est ce que ce malaise a réellement commencé. A quel moment est-ce que cet état de crise a commencé pour l’un? pour l’autre?

Sophie commence par expliquer qu’hier durant la soirée, elle a trouvé Louis distant. Elle explique qu’une discussion dont le but de prendre soin de lui avait semble-t-il posé un problème. Comme si un froid qu’elle n’explique pas s’était installé. Elle a commencé à se sentir tendue. Puis, en allant se coucher, Louis ne se rapproche pas d’elle. Là, le ventre de Sophie se crispe telle une boule d’énergie qu’elle décrit comme paralysante.

Une idée terrible lui traverse alors l’esprit : et s’il ne l’aimait plus.

Louis, surpris, nous expose : hier soir, je n’ai pas compris pourquoi Sophie a autant insisté sur la façon dont je mange. Je me suis senti infantilisé. Pourtant j’ai été clair, je lui ai dit que cela m’agaçait, elle m’a répondu qu’elle ne comprenait pas pourquoi. Je lui ai clairement dit que là il fallait qu’elle arrête de me prendre pur un gamin. Elle me répond que ça n’a rien avoir. Bon, ben là, oui, franchement je me suis fermé. Vous savez, dans ces moments-là, il vaut mieux couper court. Un moment après, quand j’ai voulu venir vers elle, elle avait l’air franchement tendue, ça m’a refroidi.

Plusieurs pistes s’offrent à nous :

Qu’est ce qui dans l’histoire de Sophie vient expliquer qu’elle associe distance d’un homme à « il ne m’aime plus » ? a-t-elle su repérer que Louis lui a indiqué qu’il souhaitait stopper cet échange ? Louis, lui, donne des indices relationnels forts qui auraient pu être un repère pour elle.

Comment a-t-elle appris qu’elle devait être à cette place de femme qui prend soin d’un homme en lui renvoyant sa façon de manger sans envisager que cela soit désobligeant pour lui.

Puis, qu’est ce qui dans l’histoire de Louis lui fait associer : quand Sophie me parle de son inquiétude à me voir manger si rapidement il éprouve : non mais elle me prend pour un gamin. Comment passe-t-il d’une idée à l’autre ?

Petit détour par la systémie :

Le Docteur Mony ELKHAIM, neuropsychiatre, l’un de nos auteurs, penseurs et psychothérapeutes fondamentaux de la pensée systémique, parle de construction du monde et de programme officiel.

Sophie semble avoir comme programme officiel, ce que l’on dit vouloir : je veux prendre soin de lui parce que je l’aime et que j’ai appris que c’était comme ça qu’on aimait bien. Sa construction du monde, qui elle est plus inconsciente, et représenterait plutôt le résultat de nos apprentissages affectifs, pourrait être différente : chaque fois que j’aime un homme et que je fais de mon mieux, il me quitte

Louis a un programme officiel qui pourrait être : j’aime quand on est zen, quand les choses sont claires Sa construction du monde, elle, pourrait être : chaque fois que je m’affirme, je suis rejeté

Alors que se passe-t-il pour eux quand, le stress leur enlève de la capacité à garder une représentation de l’autre conforme à ce qu’il connaisse ? En d’autres termes, quand la capacité à penser l’autre, à imaginer son intention, à être curieux de ce qu’il essaie de nous dire, appelé aussi mentalisation, est altérée ? Sous stress intense, la capacité à penser l’intention de l’autre baisse. C’est biologique. En effet, cette fonction est fluctuante et son facteur de variabilité principal est l’activation émotionnelle.

Comment dansent-ils ensemble ?

Sophie, tente de prendre soin de son compagnon, elle insiste, elle a besoin d’être entendue et comprise dans son intention de partage, de connexion avec Louis.

Lui, vit une situation dans laquelle il semble faire une expérience désagréable proche de l’humiliation. Il s’active émotionnellement. Pose des stops, son ton de voix, sans doute son regard, et son corps traduisent sa mise en tension. Plus il se referme, plus Sophie fait de la même chose, tente de se justifier, poursuit. Louis, ne se sentant pas respecté, coupe court, comme il l’a appris.

Sophie, quant à elle, vit cette fermeture comme le signal d’un épisode qu’elle a sans doute déjà vécu, celui qu’elle aime va la quitter bien qu’elle fasse de son mieux.

Pour Sophie et Louis, je retiendrais l’hypothèse de travail suivante :

Sophie, pour ne pas vivre une nouvelle fois une rupture de lien, tente de faire de son mieux, du point de vue de sa représentation, pour prendre soin de son compagnon. Malheureusement, dès que son compagnon manifeste un signal social négatif, elle s’active émotionnellement : pourquoi ne veut-il pas de mes soins, je ne fais rien de mal, je m’occupe de toi, alors ne me laisse pas. Elle perd sans doute, à ce moment-là, contact avec le vécu réel de son compagnon. Alors peut-on imaginer que la réaction de Louis est sculptée par l’invitation de Sophie à danser avec elle la chorégraphie intitulée : chaque fois que j’aime, les hommes s’éloignent et me quittent ?

Louis, lui, n’exprime pas que l’attitude de Sophie le blesse. Il demande qu’elle cesse, mais sa demande est opaque et l’intention qu’il attribue à sa compagne n’est pas la bonne. Plus tard, il vit la difficulté de Sophie(pétrie d’inquiétude) comme du signe de rejet. Lui aussi a perdu Sophie de son esprit.

Petit effet loupe :

La répétition crée un apprentissage, une croyance profonde sur Soi, les Autres, les Autres en relation avec Soi. Rappelons que lorsque nous sommes impactés par un élément stressant, notre capacité à mentaliser est inaccessible.

Pour utiliser une image que je souhaite éclairante, c’est un peu comme si lorsque nous sommes activés émotionnellement, nous chaussions des lunettes déformantes pour regarder le monde : les distances entre l’Autre et Soi sont différentes, la silhouette de celui ou celle que l’on connait pourtant bien se floute voire devient bizarre, jusqu’à parfois devenir effrayant.

Alors pour remettre du sens à tout cela, nous devenons de vrais détectives, nous saisissons des indices dans la relation, dans le comportement de l’Autre, afin de vérifier nos croyances : douloureux processus qui nous amène parfois à nous comporter de façon telle qui nous sommes malgré nous auteur d’une part de ce scénario que nous redoutons tant.

En ne pouvant pas accueillir les demandes de Louis de stopper cet échange, Sophie, malgré elle participe à la mise en tension de sa relation.

Louis quant à lui, en ne traduisant pas sa pensée, en posant des stops sans contexte, en attribuant à Sophie une intention qui n’est pas la sienne participe malgré lui au retrait de Sophie.

Leur danse est une chorégraphie désynchronisée, déconnectée. Un peu comme la houle, son état, sa puissance, son intensité changent. Des courants invisibles, des éléments intérieurs et extérieurs l’agissent : pourtant, elle reste un mouvement.

Une piste pour activer des ressources et nous réguler émotionnellement

Afin de rétablir un dialogue empathique, pour comprendre ce qui s’est passé pour chacun et ainsi apprendre de cette expérience, il est nécessaire de prendre un temps pour se calmer. Une pause, un STOP : cet exercice fait référence à l’enseignement de Monsieur Stéphane FAURE, institut de pratique de la méditation de pleine conscience MBSR. Voici l’explication du sigle : Suspendre le processus automatique et prise de recul : respirer, se mettre dans un espace isolé, appeler une personne, écouter un peu de musique Se Tourner vers soi et Observateur du corps, de l’esprit, noter sans jugement. Stop, puis observer : rembobiner la scène pour repérer et comprendre ce qui s’est passé Reconnecté avec le savoir des expériences passées, et par exemple, se demander vers quelle issue je souhaite tendre et agir.

Le retour au calme et la désactivation émotionnelle favorisent la mobilisation le processus de mentalisation : un espace peut alors être disponible pour répondre à nos besoins de clarification, de reconnections.

Ceci ouvrant une porte à de nouvelles expériences et donc à de nouveaux apprentissages, qui favoriseront leur adaptation lors d’une prochaine difficulté ressemblant à celle-ci.

Et vous ? Qu’en pensez-vous ?

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